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Santé mentale : accentuer ce qui va bien plutôt que réduire ce qui va mal avec l’approche orientée solution

  • 10 mars
  • 4 min de lecture
Marche dans la ville après un traumatisme – santé mentale

Lorsqu’une personne cherche de l’aide en santé mentale, l’idée la plus répandue est simple : pour aller mieux, il faudrait d’abord comprendre et réduire les problèmes.


L’anxiété, la dépression ou les traumatismes deviennent alors le point de départ de l’accompagnement.


Cette perspective a évidemment permis de grandes avancées en psychologie et constitue encore aujourd’hui la posture dominante en intervention psychosociale et psychothérapeutique.


Néanmoins, une autre question mérite d’être posée : le changement ne pourrait-il pas aussi venir de l’amplification de ce qui fonctionne déjà dans la vie d’une personne, et pas seulement de la réduction des difficultés ?


C’est précisément le point central de l’approche orientée solution, une manière d’accompagner les personnes en santé mentale qui est aujourd’hui utilisée dans de nombreux contextes d'intervention (psychothérapie, travail social, coaching...)



Santé mentale : pourquoi nous nous concentrons souvent sur les problèmes


Dans notre culture, lorsqu’une situation devient difficile, nous cherchons spontanément à comprendre le problème : ses causes, ses mécanismes ou son origine.


Ces questions peuvent être utiles. Mais elles peuvent aussi conduire à une focalisation presque exclusive sur ce qui ne va pas.


Or, dans la vie réelle, les difficultés ne sont jamais présentes en permanence. Même dans des périodes très éprouvantes, il existe souvent des moments où la situation est un peu différente : un instant de calme, une relation soutenante, une activité qui redonne un peu d’énergie.


L’approche orientée solution s’intéresse particulièrement à ces moments.


Elle invite à explorer des questions comme :


  • Quand la situation est-elle un peu moins difficile ?

  • Qu’est-ce qui se passe dans ces moments-là ?

  • Qu’est-ce qui aide déjà, même légèrement ?


Ces moments sont parfois appelés des exceptions au problème. Ils révèlent souvent des ressources déjà présentes dans la vie de la personne.



Une vignette clinique : retrouver du mouvement après une agression



Marche dans la ville – retrouver du mouvement après un traumatisme

Une femme consulte plusieurs mois après avoir subi une agression dans la rue. Depuis cet événement traumatique, elle ne sort quasiment plus de chez elle.


La peur est constante et elle décrit un état dépressif ainsi qu’un manque d’élan dans sa vie.




Au cours de la conversation, une question lui est posé :


« Racontez-moi un moment dans votre vie où, malgré une période très difficile, quelque chose avait commencé à bouger pour vous. »


Elle évoque alors un souvenir vieux de plusieurs années. À cette époque, elle traversait déjà une dépression majeure. Un jour, elle était sortie marcher. En marchant, elle avait soudain pris un fou rire en réalisant la situation dans laquelle elle se trouvait. Ce moment inattendu avait marqué pour elle un point de bascule.


Nous prenons alors le temps d’explorer ce souvenir en détail : ce qu’elle ressentait, ce qu’elle observait autour d’elle, et ce que cette marche représentait pour elle.


Elle parle de sa curiosité, de son goût pour découvrir de nouveaux paysages urbains, des rencontres imprévues que la rue pouvait offrir. Elle se souvient aussi que ces moments nourrissaient sa créativité et son envie de s’engager dans des projets artistiques ou professionnels.


Peu à peu, cette expérience apparaît comme bien plus qu’une simple activité : elle révèle une partie d’elle-même faite de curiosité, de mouvement et d’intérêt pour l’art.


Lors de la séance suivante, en demandant à la personne ce qui va mieux, elle partage le fait d’être sortie de chez elle pour une balade de plus de deux heures !


Elle ne l’avait plus fait depuis l’agression.


Cette marche n’efface pas le traumatisme. Mais elle montre qu’en accompagnement, il est parfois possible de s’appuyer davantage sur ce qui fonctionne déjà ou sur ce qui a déjà fonctionné.


Comme chez de nombreuses personnes ayant vécu un événement violent, les réactions de peur et d’évitement qu’elle décrivait faisaient d’ailleurs penser à ce que l’on appelle un syndrome de stress post-traumatique (SSPT)



Traumatisme et syndrome de stress post-traumatique (SSPT)


Lorsqu’une personne vit un événement violent ou menaçant, certaines réactions peuvent persister dans le temps. On parle alors parfois de syndrome de stress post-traumatique (SSPT).


Ce syndrome peut se manifester par différents symptômes : reviviscences de l’événement, hypervigilance, évitement de certains lieux ou situations, troubles du sommeil ou sentiment de peur persistant.


Il est souvent pensé que, pour aller mieux, il faudrait nécessairement revisiter en détail l’événement traumatique.


La recherche montre cependant que les chemins de rétablissement peuvent être variés.


La psychiatre Judith Herman souligne par exemple que le travail d’accompagnement commence souvent par la restauration d’un sentiment de sécurité et de stabilité.


De son côté, le chercheur George Bonanno a montré que de nombreuses personnes retrouvent un équilibre après un traumatisme sans devoir revisiter longuement l’événement lui-même.


Pour certaines personnes, parler du traumatisme peut être utile. Pour d’autres, il peut être tout aussi important de se reconnecter aux ressources et aux expériences qui redonnent du mouvement à leur vie.


C’est dans cette perspective que s’inscrit l’approche orientée solution, souvent utilisée dans le cadre d’un suivi psychosocial ou d'un suivi psychothérapeutique.



Approche orientée solution : arroser ce qui pousse déjà



Fleurs dans un jardin – métaphore de l’approche orientée solution

Une image simple permet de comprendre cette idée:


Si un jardin contient à la fois des mauvaises herbes et des fleurs, deux stratégies sont possibles : passer tout son temps à arracher les mauvaises herbes… ou arroser les fleurs pour qu’elles prennent progressivement plus de place.


L’approche orientée solution ne nie pas les difficultés. Elle choisit simplement d’accorder davantage d’attention à ce qui, dans la vie d’une personne, continue déjà à aller dans le sens du mouvement.




Comme l’écrivait Steve de Shazer :

Problem talk creates problems. Solution talk creates solutions.


Une autre manière de penser la santé mentale


L’approche orientée solution repose finalement sur un déplacement simple.

Plutôt que de consacrer toute l’énergie à réduire ce qui va mal, il devient possible d’accorder davantage d’attention à ce qui va déjà dans le sens du mouvement.


Ces éléments existent presque toujours.


Et lorsqu’on leur donne plus de place, ils peuvent progressivement ouvrir de nouvelles perspectives.


Et si, parfois, le changement commençait simplement par porter un peu plus d’attention à ce qui fonctionne déjà ?

4 commentaires

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Bambou
14 mars
Noté 5 étoiles sur 5.

Merci ✨ très intéressant

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Invité
14 mars
Noté 5 étoiles sur 5.

Merci beaucoup👍

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Patrick-Lee
11 mars
Noté 5 étoiles sur 5.

Merci🙏🏼

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Aurélie
11 mars
Noté 5 étoiles sur 5.

Très intéressant !

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